Oui : sous la colline de Naours, dans la Somme, une cité souterraine creusée dans la craie a pu accueillir jusqu’à 3 000 personnes. Ses quelque 2 kilomètres de galeries, aménagées en rues, salles, chapelles et espaces pour le bétail, ont servi de refuge aux habitants de Picardie lors des périodes de guerre et d’insécurité.
Ce vaste réseau, parfois appelé « muches », raconte une histoire faite de carrières, de cachettes et de réutilisations successives. Il témoigne aussi d’un habitat troglodytique organisé, bien différent d’un simple abri improvisé. Pour comprendre ce que vous découvrirez à Naours, retenons trois repères :
- Une véritable cité sous la terre : environ 2 000 mètres de galeries et près de 300 chambres et salles.
- Un refuge pensé pour la vie quotidienne : des espaces pouvaient accueillir familles, réserves et animaux.
- Une mémoire gravée dans la craie : quelque 3 000 inscriptions de soldats de la Première Guerre mondiale ont été recensées.
La capacité maximale annoncée reste une estimation : elle ne signifie pas que 3 000 personnes vivaient en permanence dans ces souterrains. En 2026, le site est fermé au public pour des travaux de rénovation. Cette période permet de rappeler que Naours n’est pas seulement une curiosité à visiter, mais un patrimoine fragile, encore étudié et documenté.
La cité souterraine de Naours : une ville organisée sous une colline
À environ 15 kilomètres au nord d’Amiens, les galeries se développent sous le mont du Guest. La craie y fut exploitée comme pierre de construction, puis les excavations furent progressivement aménagées en espaces de refuge. À son extension maximale, le réseau aurait compté près de 28 galeries, autour de 300 chambres et salles communes et une douzaine d’îlots.
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Les passages mesurent généralement entre 1,60 et 2 mètres de hauteur, tandis que la température reste proche de 9,5 °C au fil des saisons. Cette fraîcheur relativement constante convenait au stockage des vivres, même si les lieux étaient humides, sombres et loin du confort d’une maison de surface.
On y trouve des rues et des carrefours, mais aussi des chapelles, des espaces communs, des étables et des installations associées à la vie quotidienne. Imaginez une famille du village descendant avec ses enfants, quelques provisions et des volailles : cette scène fictive aide à saisir l’organisation du site, sans prétendre décrire un épisode historique précis. La structure montre que ces cavités furent aménagées pour accueillir des groupes, pas seulement pour extraire de la craie.
Le terme picard « muche » signifie cachette. À Naours, le nom résume bien la fonction de ces espaces : disparaître sous terre quand la vie à la surface devenait trop dangereuse.
Pourquoi les muches de Naours servaient de refuge en Picardie
La Picardie a connu des conflits et des passages d’armées pendant de nombreux siècles. À partir du Moyen Âge et surtout aux XVIe et XVIIe siècles, les habitants ont utilisé des refuges souterrains pour se protéger des pillages et des destructions. La logique était simple : mettre les personnes et les ressources à l’abri le temps que le danger s’éloigne.
Les recherches archéologiques ont mis au jour des objets qui éclairent ces occupations : monnaies, poteries et balles de mousquet, ainsi que des inscriptions. Ces indices appuient l’hypothèse d’une fréquentation importante au début du XVIIe siècle, notamment durant la guerre de Trente Ans, qui s’étend de 1618 à 1648. Ils ne permettent pas de reconstituer chaque séjour, mais rendent tangible l’usage du réseau en période de crise.
| Période | Usage attesté ou documenté | Ce que cela révèle |
|---|---|---|
| À partir du Moyen Âge | Extraction de craie, puis aménagement progressif des cavités | Les galeries sont d’abord liées aux ressources locales avant de devenir des espaces organisés. |
| XVIe et XVIIe siècles | Refuge lors des conflits et des passages d’armées | La cité pouvait protéger des habitants, des vivres et du bétail. |
| Sous le règne de Louis XVI | Usage par des faux-saulniers pour dissimuler du sel | Les souterrains servent aussi à contourner la gabelle et les contrôles. |
| Première Guerre mondiale | Visites de soldats et inscriptions gravées dans la craie | Le site devient un lieu de mémoire lié aux combattants alliés. |
| Seconde Guerre mondiale | Réserve britannique, puis entrepôt allemand et installation défensive | Les cavités sont réemployées à des fins militaires. |
Au fil du temps, l’usage change : aux périodes de refuge succèdent des activités de contrebande, puis des fonctions liées aux guerres mondiales. Ce parcours explique pourquoi l’histoire de Naours ne se résume pas à une seule époque : la même colline a abrité des usages très différents.
Pour découvrir l’ampleur des sites souterrains picards et leur rôle historique, vous pouvez aussi chercher des présentations consacrées aux muches de la région.
Ernest Danicourt et la redécouverte des souterrains de Naours
Le 15 décembre 1887, le curé de Naours, Ernest Danicourt, retrouve l’entrée du réseau avec l’aide de paroissiens. Historien et archéologue, il consacre ensuite une grande partie de son activité à explorer les galeries et à les remettre en état. Son travail, poursuivi jusqu’en 1912, fait sortir de l’oubli un site dont les accès s’étaient perdus.
Les objets découverts apportent des indices sur les périodes d’occupation : objets usuels, ossements et monnaies figurent parmi les trouvailles. En 1905, un ensemble de 20 pièces d’or est mis au jour. Ce trésor frappe l’imagination, mais les découvertes plus modestes sont tout aussi utiles aux chercheurs, car elles aident à reconstituer les activités menées sous la colline.
La réouverture du lieu aux visiteurs prend une tournure inattendue avec la Première Guerre mondiale. Des soldats au repos ou en convalescence viennent parcourir les souterrains, loin des tranchées de la Somme. Ils gravent dans la craie leur nom, leur unité ou leur ville d’origine : un geste personnel qui transforme les parois en archives.
Les graffitis des soldats australiens et alliés
Le site compte environ 3 000 inscriptions associées à la Grande Guerre. Plus de 1 800 sont attribuées à des soldats australiens, qui représenteraient au moins 80 % des inscriptions identifiées dans ce corpus ; d’autres noms renvoient à des militaires britanniques, irlandais, écossais, américains et français.
Depuis plusieurs années, des archéologues, dont Gilles Prilaux, rapprochent ces marques des archives nationales australiennes, britanniques et françaises. Identifier une unité ou une ville natale permet parfois de retrouver le parcours d’un soldat. Sous la craie, ces inscriptions donnent ainsi une dimension humaine à l’histoire militaire : un nom gravé peut relier un lieu picard à une vie menée à l’autre bout du monde.
Pour replacer ces traces dans l’histoire de la Somme et des combattants venus d’Australie, une vidéo consacrée aux inscriptions de Naours peut compléter la visite documentaire.
Naours en 2026 : un patrimoine souterrain en rénovation
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les souterrains changent encore de fonction. Les troupes britanniques les utilisent d’abord comme réserve de matériel ; à partir de 1941, l’armée allemande s’en sert comme entrepôt à munitions, puis comme élément défensif en 1943. Ces réemplois rappellent que les cavités, conçues à l’origine autour de l’extraction et de la protection des habitants, ont continué à présenter un intérêt stratégique.
En 2026, la cité souterraine est fermée au public pendant les travaux de rénovation. Avant de prévoir un déplacement, vérifiez les informations d’accès auprès du site : une fermeture temporaire peut modifier les conditions de visite et les espaces accessibles. La conservation demande une attention particulière, car la craie, les inscriptions et les aménagements anciens sont sensibles aux dégradations.
- Pour préparer votre découverte, distinguez la capacité théorique du site du nombre réel de personnes présentes à une période donnée.
- Pour comprendre les galeries, observez leur organisation en rues, salles et espaces collectifs, plutôt que de les considérer comme une simple carrière.
- Pour lire les traces de 1914-1918, gardez à l’esprit qu’un graffiti peut être rapproché d’archives et d’un parcours individuel.
Naours associe ainsi un ancien habitat troglodytique, un refuge de guerre et un lieu de mémoire internationale. La rénovation permet de préserver ces strates d’histoire afin que la colline continue de raconter, au-delà de ses galeries, les vies qui s’y sont abritées et celles qui y ont laissé leur nom.



