À Séoul, certains ginkgos sont arrachés ou remplacés parce que les arbres femelles produisent des fruits odorants dont la pulpe écrasée dégage une odeur de beurre rance. Un relevé de l’association KFEM, réalisé à partir des plans des 25 arrondissements, recense au moins 792 arbres concernés en 2026. Le chiffre reste inférieur à 1 % des 83 673 ginkgos de la ville, et ne signifie pas que tous ont été abattus : à Gwangjin, par exemple, 115 femelles doivent être remplacées par des mâles de la même espèce.
Le paradoxe est frappant : le ginkgo est l’un des arbres officiels de Séoul depuis 1971 et constitue près de 29 % des arbres d’alignement. Sa résistance aux maladies et sa capacité à retenir les particules fines en font un allié des espaces urbains. La gêne survient à l’automne, quand les fruits tombés au sol se décomposent et salissent les trottoirs. Pour comprendre les choix des arrondissements, suivons Mina, une habitante fictive qui traverse chaque jour une rue bordée de ginkgos :
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- Le problème vient des femelles : les arbres mâles ne produisent pas ces fruits.
- Le tri est désormais possible : un test ADN mis au point en 2011 aide à déterminer le sexe des arbres.
- Le ramassage reste massif : Songpa collecte environ 6 tonnes de fruits par jour pendant la saison.
- Les réponses varient : certains arrondissements ramassent, d’autres remplacent des arbres ou changent d’essence.
Ces chiffres éclairent une question concrète pour les habitants comme pour les visiteurs : comment préserver l’ombre et le jaune doré du ginkgo sans laisser les odeurs désagréables envahir les rues ?
À Séoul, le ginkgo domine les arbres d’alignement depuis 1971
Fin 2025, Séoul recensait 287 684 arbres d’alignement, dont 83 673 ginkgos, soit 29,1 % du total. L’espèce est ainsi plus représentée que bien des essences réunies et dépasse, en nombre, la population de La Rochelle. Son statut d’arbre officiel, adopté en 1971, s’explique par des qualités appréciées en ville : le ginkgo résiste bien aux maladies et contribue à retenir les particules fines présentes dans l’air.
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Dans la rue de Mina, les feuilles en éventail donnent chaque automne une teinte jaune éclatante aux trottoirs. Cette valeur paysagère compte autant que les fonctions pratiques de l’arbre : ombre, présence végétale et adaptation aux conditions urbaines. Le sujet n’est donc pas simplement de retirer un arbre gênant, mais de concilier le cadre de vie avec une nuisance saisonnière bien réelle.
Arbres femelles et mâles : pourquoi le sexe du ginkgo change tout
Le ginkgo est une espèce dioïque : chaque arbre est mâle ou femelle. Les arbres femelles produisent des ovules qui, après fécondation, se couvrent d’une enveloppe charnue appelée sarcotesta. On parle couramment de fruits, même si leur formation diffère de celle des fruits des plantes à fleurs les plus familières.
Fin 2025, Séoul comptait 15 359 ginkgos femelles. Cela représente 5,3 % de tous les arbres d’alignement de la capitale, soit environ un sur dix-neuf. Rapporté aux seuls ginkgos, le chiffre équivaut à près de 18,4 %, soit environ un arbre sur cinq. La distinction entre ces deux proportions explique pourquoi une part visible du parc peut causer une gêne concentrée à l’automne.
Un ginkgo ne révèle souvent son sexe qu’après plusieurs années de croissance. Pour éviter d’attendre la première fructification, l’Institut national des sciences forestières a mis au point en 2011 un test ADN permettant de déterminer le sexe d’un arbre. Les services municipaux peuvent alors repérer les femelles déjà plantées et, lorsqu’ils choisissent cette solution, les remplacer par des mâles qui conservent l’allure et les couleurs de l’espèce sans produire de fruits.
Fruits odorants du ginkgo : pourquoi les trottoirs de Séoul sont concernés
La pulpe des fruits contient de l’acide butyrique, une molécule associée à l’odeur du beurre rance. Tant que les fruits restent sur les branches, la gêne est limitée ; elle devient plus forte lorsqu’ils tombent, se décomposent ou sont écrasés sous les pas. Ils peuvent aussi laisser des traces sur les chaussées et les semelles.
Un éditorial du Korea Herald a comparé cette odeur à celle du vomi. Pour Mina, le contraste est net : la rue est particulièrement belle quand les feuilles jaunissent, mais un fruit écrasé sous un pied peut transformer le trajet en expérience bien moins agréable. La beauté automnale et les odeurs désagréables proviennent ainsi de deux éléments distincts du même arbre.
Songpa illustre l’ampleur du travail nécessaire pour contenir cette nuisance. L’arrondissement compte 9 490 ginkgos, dont 1 313 femelles, soit environ 14 % de ses arbres de cette espèce. Pendant la période de collecte, les équipes ramassent près de 6 tonnes par jour, l’équivalent d’environ 600 sacs de 10 kg.
À Songpa, 6 tonnes de fruits collectées chaque jour
Dix-sept jours de ramassage sont prévus à l’automne 2026. À raison de 6 tonnes quotidiennes, cela représente environ 102 tonnes sur la saison, un volume cohérent avec un bilan supérieur à 100 tonnes. Les équipes doivent donc manipuler plus de 10 000 sacs de 10 kg en quelques semaines.
Rapportées aux 1 313 femelles de Songpa, les 6 tonnes quotidiennes correspondent à environ 4,6 kg de fruits par arbre femelle et par journée de collecte. Sur une saison dépassant les 100 tonnes, la moyenne atteint au moins 76 kg par femelle. Ce calcul donne un ordre de grandeur : la quantité réellement ramassée peut varier selon les arbres et les conditions de la saison.
Songpa concentre environ 8,5 % des femelles recensées dans la capitale, alors qu’il ne représente qu’un des 25 arrondissements. Sa collecte montre pourquoi les autorités doivent organiser des opérations répétées : un seul passage ne suffit pas toujours à retirer les fruits qui continuent de tomber. Le ramassage réduit la gêne, sans modifier le sexe des arbres ni supprimer durablement la source du problème.
Arrachage des ginkgos à Séoul : 792 arbres concernés en 2026
Les projets recensés par KFEM montrent que les arrondissements ne choisissent pas tous la même réponse. Au moins 792 ginkgos figurent dans les opérations signalées en 2026, mais ce nombre est un minimum établi à partir des plans disponibles, et non un décompte définitif des arbres abattus. Certains projets prévoient un remplacement par des mâles ; d’autres changent d’essence.
| Arrondissement | Ginkgos concernés | Réponse ou précision |
|---|---|---|
| Yongsan | 254 | Plus grand nombre relevé dans les projets signalés |
| Dobong | 87 | Arbres concernés par les opérations prévues |
| Guro | 71 | Arbres concernés par les opérations prévues |
| Yeongdeungpo | 71 | Arbres concernés par les opérations prévues |
| Gwangjin | 115 | Femelles à remplacer par des mâles de la même espèce |
Ces cinq arrondissements totalisent 598 arbres, soit environ les trois quarts du relevé. La situation de Gwangjin mérite une distinction : le remplacement de 115 femelles par des mâles ne signifie pas que le ginkgo disparaît de ces rues. Le choix porte sur le sexe des sujets, tandis que certains autres projets prévoient un changement d’essence.
À l’échelle de la capitale, 792 arbres représentent environ 0,95 % des 83 673 ginkgos recensés fin 2025, donc moins de 1 %. Ce ratio modeste n’efface pas les effets locaux : pour les riverains d’une rue très plantée en femelles, la nuisance peut être forte pendant quelques semaines. À l’inverse, une opération de remplacement ciblée peut préserver l’apparence de l’alignement tout en limitant les fruits.
Ramasser, remplacer ou changer d’essence : des choix débattus
KFEM conteste les abattages et estime que les décisions peuvent répondre aux plaintes d’un nombre limité de riverains. L’association met en avant les services rendus par le ginkgo : sa résistance aux maladies, son rôle dans les rues et sa capacité à retenir les particules fines. Sa position rappelle qu’un arbre d’ornement ne se réduit pas à la gêne produite par ses fruits pendant la saison automnale.
Les municipalités doivent arbitrer entre plusieurs solutions : maintenir les arbres et organiser un ramassage régulier, remplacer les femelles par des mâles, ou choisir une autre espèce. Le test ADN de 2011 rend le deuxième scénario plus précis, puisqu’il permet de cibler les arbres concernés plutôt que de supprimer indistinctement un alignement entier.
Pour Mina, l’expérience quotidienne dépendra donc de la rue empruntée. Là où les arbres mâles dominent, le feuillage doré demeure sans les fruits ; là où les femelles restent en place, la collecte limite les désagréments sans les faire disparaître. À Séoul, le débat porte moins sur la valeur du ginkgo que sur la manière de préserver ses avantages tout en rendant les espaces urbains plus agréables.
Les données sur les arbres et les opérations sont rapportées par The Korea Herald et Seoul Economic Daily ; des ressources botaniques sur le ginkgo sont également disponibles auprès de Yale Nature Walk.



