À Moscou, des immeubles circulaires de plus de vingt entrées étaient si vastes que leurs habitants s’y perdaient — et que le symbole géant qu’ils formaient restait invisible dans son ensemble.

À Moscou, des immeubles circulaires de plus de vingt entrées étaient si vastes que leurs habitants s’y perdaient — et que le symbole géant qu’ils formaient restait invisible dans son ensemble.

Oui : à Moscou, deux immeubles circulaires de neuf étages, comptant chacun une vingtaine d’entrées et plus de 900 appartements, ont été construits dans le cadre d’un projet qui devait dessiner les anneaux olympiques à l’échelle de la ville. Leur ampleur pouvait désorienter les habitants, tandis que l’emblème imaginé demeurait impossible à saisir depuis le sol.

Conçus au début des années 1970, ces bâtiments combinaient logements collectifs, commerces et services autour d’une cour intérieure. Ils racontent une ambition propre à une certaine architecture soviétique : faire du logement un morceau de ville autonome, tout en transformant l’urbanisme en démonstration monumentale. Pour comprendre pourquoi le projet est resté inachevé, suivons Nadia, une visiteuse fictive qui cherche la bonne entrée avant de découvrir l’histoire du lieu.

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  • Un bâtiment hors norme : environ 150 mètres de diamètre, plus de 900 appartements et des équipements du quotidien.
  • Un rêve olympique : cinq anneaux étaient prévus à Moscou, mais seuls deux immeubles ont été réalisés.
  • Un repère déroutant : les entrées multiples et la forme annulaire donnent parfois au visiteur l’impression d’avancer dans un labyrinthe.

Les immeubles circulaires de Moscou : une ville d’habitation dans un anneau

Au début des années 1970, l’architecte Evgueni Stamo et l’ingénieur Alexandre Markelov imaginent un immeuble résidentiel en forme d’anneau. Le premier est achevé en 1972 : son diamètre avoisine les 150 mètres et sa cour intérieure accueille des espaces verts et des aires de jeux.

Le principe dépasse la seule prouesse visuelle. Avec plus de 900 appartements, des commerces et plusieurs services, le bâtiment doit rapprocher les activités ordinaires du domicile. Les habitants peuvent trouver sur place, selon les équipements prévus, une pharmacie, un bureau de poste, une laverie ou un atelier : le cercle fonctionne comme un petit quartier protégé par son propre périmètre.

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Une cour centrale et des services pour la vie quotidienne

Pour Nadia, la cour devient d’abord un point de repère : elle peut traverser l’espace intérieur, observer les entrées et retrouver les commerces. Mais cette organisation ne rend pas les déplacements simples pour autant. La répétition des façades et la longueur du parcours compliquent l’identification d’un accès précis.

La forme circulaire produit ainsi deux expériences opposées. Elle rassemble les logements autour d’un espace commun, tout en transformant le bâtiment en ensemble architectural difficile à parcourir d’un seul regard.

Architecture soviétique et ambition olympique : cinq anneaux projetés à Moscou

Lorsque l’Union soviétique prépare les Jeux olympiques d’été de 1980, l’expérience prend une dimension symbolique. Les planificateurs envisagent de construire cinq immeubles circulaires, chacun évoquant l’un des anneaux olympiques, afin de faire de la capitale un symbole monumental visible à l’échelle urbaine.

Le deuxième bâtiment est achevé en 1979, rue Dovzhenko. Il confirme que l’idée a dépassé le stade du dessin, mais le programme s’arrête à deux réalisations sur les cinq prévues. Le projet associait alors deux fonctions : loger des milliers de personnes et inscrire l’événement sportif dans le paysage de Moscou.

Pourquoi le symbole géant est resté invisible

Pour former les anneaux, les constructions devaient être éloignées les unes des autres. Or, cette dispersion empêchait de percevoir l’image d’ensemble depuis la rue : chaque immeuble se voyait séparément, sans que le dessin olympique apparaisse comme une figure cohérente au niveau du sol.

Les difficultés pratiques et le coût d’entretien de ces structures complexes ont également pesé sur la poursuite du programme, dans un contexte économique soviétique de plus en plus contraint. L’ambition dépassait donc les usages possibles : le symbole était pensé à l’échelle de la ville, mais personne ne pouvait réellement le contempler depuis un point de vue ordinaire.

Cette vidéo permet de replacer les bâtiments dans le paysage moscovite. Leur silhouette est spectaculaire lorsqu’on en observe le plan ou une vue aérienne, alors qu’au niveau du trottoir, l’idée des cinq anneaux échappe au regard.

Entrées multiples et labyrinthe : comment se repérer dans ces logements collectifs

Chaque immeuble compte neuf étages et plus de vingt entrées, selon les descriptions du projet. Pour un visiteur, arriver au bon endroit demande de connaître l’accès exact : une façade courbe peut se ressembler d’un segment à l’autre, et l’adresse seule ne suffit pas toujours à guider jusqu’à la bonne porte.

Imaginons Nadia qui vient rendre visite à une amie. Elle entre par un accès situé à l’opposé de celui qu’elle cherchait, traverse une partie de la cour, puis doit distinguer les cages d’escalier parmi une succession de portes. Ce trajet illustre une difficulté concrète : le bâtiment réunit les services et les logements, mais sa taille complique l’orientation quotidienne.

Les chiffres qui expliquent la sensation de gigantisme

Élément Repère disponible Conséquence pour les habitants
Diamètre Environ 150 mètres Un long parcours autour de la cour intérieure
Logements Plus de 900 appartements Une forte concentration de résidents dans un seul ensemble
Hauteur Neuf étages Un immeuble massif sans être une tour de grande hauteur
Accès Plus de vingt entrées Un repérage qui dépend de la porte et de la cage d’escalier exactes
Projet olympique Cinq anneaux prévus, deux bâtiments construits Un symbole urbain resté incomplet et illisible dans son ensemble

Ces données montrent pourquoi la sensation de gigantisme ne vient pas seulement de la hauteur. Elle tient surtout à l’étendue au sol, au nombre d’appartements et à la répétition des accès : l’immeuble peut sembler presque circulairement infini lorsqu’on en cherche une entrée précise.

Les images de l’intérieur aident à comprendre ce contraste entre la cour, qui offre une orientation centrale, et les accès, qui se multiplient le long du périmètre. Dans ces immeubles, le plan architectural est à la fois une réponse au besoin de logements et une source de désorientation.

Deux témoins habités de l’urbanisme soviétique

Les deux immeubles construits n’ont pas été démolis après l’abandon du programme. Ils continuent d’accueillir des habitants et restent des exemples singuliers de l’urbanisme soviétique, où un même projet pouvait associer expérimentation résidentielle, services de proximité et mise en scène politique.

Leur intérêt ne se limite pas à leur forme insolite. Ils posent une question très actuelle pour la conception des logements collectifs : comment faire cohabiter de nombreux habitants dans un ensemble commun sans sacrifier la lisibilité des parcours ? Une cour généreuse peut faciliter les rencontres, mais elle ne remplace ni une signalétique claire ni des accès aisément identifiables.

Un héritage entre expérimentation et usage quotidien

À Moscou, ces anneaux de béton témoignent d’une époque qui croyait aux projets capables de transformer toute une métropole. Leur histoire rappelle aussi qu’une architecture conçue pour être spectaculaire doit rester compréhensible et pratique pour celles et ceux qui y vivent.

Le paradoxe demeure : l’ambition d’un symbole monumental n’a jamais pu être pleinement admirée, tandis que les bâtiments, eux, ont traversé le temps comme des lieux de vie. C’est dans cet écart entre la vision urbaine et l’expérience des habitants que réside la singularité de ces immeubles circulaires.

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